Toile de Jouy, vichy, damier : trois motifs qui ne vieillissent pas pareil

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Trois motifs, trois histoires et trois façons de vieillir : la toile de Jouy raconte une scène imprimée sur un fond clair, le vichy assemble deux fils colorés en un petit carreau tissé, le damier alterne deux couleurs unies sur un module carré. Les traiter comme un seul et même style ancien qui « traverse les modes » revient à ignorer que chacun tient sa durée d’une origine, d’une échelle et d’une technique qui lui sont propres.

La toile de Jouy, une manufacture avant un style

La toile de Jouy tire son nom d’un lieu précis et daté : la manufacture fondée en 1760 à Jouy-en-Josas par Christophe-Philippe Oberkampf, qui imprime au cadre puis à la planche de cuivre des scènes pastorales, mythologiques ou exotiques en une seule couleur sur un fond clair. Ce procédé d’impression, distinct du tissage, explique pourquoi le motif reste toujours en surface du tissu, jamais dans l’épaisseur du fil.

Un motif de toile de Jouy se lit à distance : la scène imprimée, souvent une figure isolée reprise plusieurs fois sur la largeur du lé, demande du recul pour se déchiffrer, ce qui la destine aux grands aplats — un rideau, un dessus-de-lit, un pan de mur entier — plutôt qu’à un petit accessoire où elle se réduirait à un fragment illisible.

Le vichy, un carreau né du métier à tisser

À l’inverse de la toile de Jouy imprimée après coup, le vichy naît directement du tissage : des fils colorés et des fils écrus, croisés en chaîne et en trame, composent le petit carreau sans qu’aucune couleur ne soit ajoutée en surface. La vallée du Gave, en Béarn, tissait déjà des toiles de coton à carreaux destinées au linge de maison bien avant que la mode ne popularise ce motif sur les nappes et les torchons.

Cette échelle réduite du carreau tolère une proximité que la toile de Jouy refuse : un vichy se porte aussi bien sur une nappe vue de près que sur un rideau de cuisine, sans jamais donner l’impression d’un fragment de motif coupé au mauvais endroit.

Le damier, un motif minéral avant d’être un tissu

Le damier doit son nom au jeu de dames, dont le plateau alterne deux couleurs sur une grille carrée : c’est d’abord un motif de sol, porté par le dallage en pierre ou en marbre des demeures anciennes, bien avant de devenir un imprimé textile. Sa construction, deux teintes unies en aplat, ne dépend d’aucune technique de fabrication particulière : on le retrouve tissé, imprimé, carrelé ou peint selon le support, ce qui en fait le plus polyvalent des trois motifs.

Son échelle joue sur un tout autre registre que celle d’une scène de toile de Jouy : un grand damier structure une pièce entière comme le ferait un dallage, tandis qu’un petit damier se lit comme une texture presque unie, utile pour rythmer un accessoire sans l’alourdir.

L’échelle du motif décide de la pièce

Ces trois logiques d’échelle ne s’additionnent pas au hasard dans une même pièce : une scène de toile de Jouy en grand format et un damier tout aussi imposant se disputent la lecture de l’œil, alors qu’un vichy de petite échelle peut accompagner l’un ou l’autre sans concurrence, en jouant un rôle d’accessoire plutôt que de motif principal.

Dans une pièce de petite surface, le motif le plus grand des trois, la toile de Jouy, se réserve souvent à un seul pan de mur ou à un rideau, quand le damier et le vichy tolèrent une présence plus étendue, sol compris, sans écraser l’espace.

Marier les trois motifs sans les opposer

Rien n’empêche de faire cohabiter les trois motifs dans une même pièce, à condition de leur assigner un rôle et non une surface égale : la toile de Jouy en motif principal sur un seul plan, le damier en repère de sol ou en encadrement, le vichy réduit à un textile d’appoint, coussin, torchon, nappe, qui vient relier les deux premiers sans jamais leur disputer l’attention.

L’erreur la plus fréquente consiste à traiter les trois motifs à la même échelle apparente, ce qui brouille la hiérarchie visuelle de la pièce : un damier au sol de la même densité que la scène imprimée sur le mur fait disparaître l’un des deux dessins au profit de l’autre, alors qu’un déséquilibre volontaire d’échelle, un petit vichy contre un grand aplat de toile de Jouy, laisse chaque motif exister sans concurrence. Les couleurs, elles aussi, doivent se limiter à une palette resserrée d’une pièce à l’autre : un fond commun, clair ou soutenu, relie les trois motifs même lorsque leurs dessins n’ont rien en commun.

Ce qui lasse, ce qui dure

L’article que Wikipédia consacre à la toile de Jouy rappelle la naissance de cette manufacture :

La manufacture de Jouy-en-Josas, fondée par Christophe-Philippe Oberkampf en 1760, obtient le titre de manufacture royale en 1783 et produit des indiennes imprimées jusqu’à sa fermeture en 1843. — d’après l’article Wikipédia consacré à la toile de Jouy

Un motif imprimé comme la toile de Jouy vieillit avec le regard qu’on porte sur son dessin graphique : c’est le style de la scène, plus que la matière, qui peut lasser en premier. Un vichy tissé-teint, à l’inverse, garde sa couleur dans l’épaisseur du fil et résiste mieux à l’usure visuelle. Le damier, lorsqu’il est minéral — carrelage, dallage, carreau de ciment —, reste le plus pérenne des trois puisque son motif traverse toute l’épaisseur du matériau plutôt que sa seule surface, une logique de sol que nous développons dans nos pages consacrées aux murs et aux sols.

Cette différence de vieillissement se retrouve dans l’entretien courant : une toile de Jouy imprimée supporte mal un lavage agressif ou une exposition prolongée au soleil, qui ternissent la seule couleur déposée en surface, alors qu’un vichy tissé-teint tolère un usage quotidien plus rude, torchon ou nappe lavés souvent, sans que sa couleur ne se dissocie de la fibre. Un damier minéral, lui, ne craint ni le lavage ni la lumière : seule son entretien de surface, hydrofuge et nettoyage adapté au matériau, conditionne sa tenue dans la durée.


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